Feelingblues n°16

 Par André Fanelli et Jean-Louis Guinochet

                                                                         

 

 

 

 

Le mot "blues" est apparu dans l'univers des chanteurs et musiciens français dès le lendemain de la première guerre mondiale. Mais, ne nous y trompons pas, le mot ne correspondait pas forcément à sa signification présente. Tout au moins au sens musical.
Le "blues" c'était forcément quelque chose de lent et de triste. Mélancolie à tous les étages. Noir à broyer à profusion. L'idée même d'une musique étiquetée "blues" joviale, voire truculente et énergique n'avait pas sa place dans le grand public que seuls les connaisseurs, comme leur nom l'indique, connaissaient...
Sans oublier un peu de piment érotique. André Warnod décrivait ainsi en 1922 dans son bouquin "Les bals de Paris" l'influence de la musique noire :"...le chant nègre vous coupe bras et jambes; on danse quand même mais presque inconsciemment, les gestes sont plus mous, plus lents, une sorte de voluptueux alanguissement pèse sur les couples."

C'était il y a longtemps... Même au sein du monde du jazz, ceux qui connaissait le blues dans les années 50 n'étaient pas si nombreux.
Un coup d'œil sur l'édition de 1958 (la première remonte à 1948) de la Disco Critique de Panassié nous permet de constater la présence de nombre de chanteurs et guitaristes appartenant aujourd'hui au Panthéon du blues, non seulement des artistes proches du jazz mais des gens comme Muddy ou Hooker par exemple.

Mais on ne va pas écrire une thèse, il s'agissait de rappeler le contexte.

Ce n'est pas parce qu'Hélène Martin chantait "Saint-Ouen Blues" qu'elle chantait le blues... En revanche, "Sa ballade de Bessie Smith" en est un superbe !

Salvador -sous le pseudo d'Henry Cording- s'est placé dans la droite ligne du rhythm and blues de l'après-guerre. Mais personne n'aurait fait un rapprochement avec le blues.